Le chiffre est sorti début 2026, dans une étude allemande reprise par Xinhua : sur les 200 milliards de dollars de recettes douanières encaissées par Washington en 2025, les exportateurs étrangers n'ont absorbé qu'environ 4 % de la facture. Les 96 % restants sont tombés sur les importateurs américains et, à la fin de la chaîne, sur les consommateurs.
Voilà pour la macro. Dans le textile, cette répartition n'est pas uniforme. Elle dépend du code produit, du pays d'origine et du terme de commerce. Et surtout, elle détermine la façon dont se négocie un prix de tissu en 2026.
Un tricot de polyester à 5 $/kg FOB ne se discute plus de la même manière quand il faut ajouter 54 % ou 20 % de droits à l'arrivée. On va prendre les taux réels, puis regarder qui paie, et enfin ce que ça change concrètement à l'achat.
Les taux réels, pas ceux des communiqués
Le 2 avril 2025, les États-Unis instaurent un droit de base de 10 % sur l'ensemble des importations. Une semaine plus tard, des taux « réciproques » différenciés viennent s'empiler par pays.
Pour la Chine, le cumul atteint 54 % (20 % de droits antérieurs + 34 % de nouvelle couche). Le 10 avril 2025, le taux chinois est porté à 125 %. Le Vietnam, l'Indonésie et l'Inde écopent respectivement de 46 %, 32 % et 26 %. L'Union européenne est taxée à 20 %.
Puis vient le tour de vis de juillet 2025 sur le Vietnam : 20 % sur les importations directes à compter du 1er août, et 40 % sur les marchandises considérées comme transbordées. La règle vise explicitement le contournement chinois. Enfin, la section 301 ajoute 12,5 % supplémentaires sur certains codes douaniers chinois et vietnamiens.
Sur le textile-habillement, ces taux ne s'appliquent pas de la même manière aux tissus (chapitres 50 à 60 du SH) et aux vêtements finis (chapitres 61 à 62). Les vêtements sont plus taxés. Mais le sujet du jour n'est pas la nomenclature : c'est le prix au kilo.
| Origine | Droit cumulé 2025-2026 | Cas particuliers |
|---|---|---|
| Chine | 54 % puis 125 % en avril 2025 | Section 301 +12,5 % |
| Vietnam | 20 % (direct), 40 % (transbordement) | Section 301 +12,5 % |
| Inde | 26 % | — |
| Indonésie | 32 % | — |
| Union européenne | 20 % | — |
Ces taux concernent le dédouanement aux États-Unis. Ils ne s'appliquent pas aux marchandises qui arrivent en Europe. Mais ils changent la donne pour les acheteurs européens. On y reviendra.
Qui absorbe la facture ?
La réponse courte : pas les exportateurs. L'étude allemande de janvier 2026 est sans ambiguïté. Sur l'ensemble des recettes douanières américaines de 2025, les exportateurs étrangers n'ont supporté que 4 % de la charge. Autrement dit, ils n'ont pour ainsi dire pas baissé leurs prix.
Pourquoi ? Parce que la marge n'est pas là. Une usine textile chinoise qui travaille à 8-12 % de marge nette ne peut pas absorber 20 % de droits sans vendre à perte. Une usine vietnamienne qui facture un tissu à 4 $/kg ne peut pas le proposer à 3 $/kg sous prétexte que le client américain paie la douane.
Le mécanisme d'absorption est toujours le même, et il est documenté :
- Le fabricant exporte au prix FOB inchangé.
- L'importateur américain paie le droit au dédouanement.
- Le surcoût entre dans le prix de gros.
- La distribution répercute sur le prix de rayon.
- Le consommateur final paie.
Ce n'est pas une hypothèse. Les données douanières américaines de 2025 montrent que les prix à l'importation n'ont pas baissé. Les prix à la consommation, si.
Le cas vietnamien : 20 % ou 40 % ?
Le Vietnam a longtemps été présenté comme la solution. Le tour de vis de 2025 a changé la donne. Le droit direct de 20 % reste gérable. Mais la pénalité de 40 % sur le « transbordement » ouvre une incertitude autrement plus coûteuse.
Le critère américain repose sur la notion de transformation substantielle, définie par le chapitre 19 du Code des douanes. L'idée est simple : un vêtement coupé et cousu au Vietnam à partir d'un tissu chinois n'est pas automatiquement d'origine vietnamienne. Il faut que la transformation soit substantielle.
Le seuil, lui, n'est pas clair. La rumeur évoque un critère de valeur ajoutée locale autour de 35 %. Aucun texte officiel ne le confirme. Certaines décisions douanières américaines suggèrent qu'un simple assemblage ne suffit pas, quel que soit le pourcentage de valeur ajoutée.
Conséquence immédiate pour les acheteurs : les importateurs américains réclament désormais des dossiers de traçabilité complets. Certificats de filature, preuves de tissage, attestations de coupe et couture au Vietnam. D'autres exercent une pression directe pour s'approvisionner en tissus vietnamiens ou non chinois.
Pour une usine vietnamienne, le risque n'est pas de payer 20 % de plus. C'est qu'un lot soit reclassé en origine chinoise après dédouanement. Dans ce cas, les 20 % se transforment en 54 %. L'écart entre les deux, additionné aux pénalités et aux frais de stationnement portuaire, peut engloutir une année de marge.
La remontée le long de la filière, en chiffres
Un exemple concret. Prenons un tissu de polyester technique, FOB Shanghai ou FOB Hô Chi Minh-Ville, 5 $/kg. Le client est aux États-Unis. Voici le calcul.
Si la marchandise part de Chine : FOB 5 $/kg. Fret maritime et assurance jusqu'à Los Angeles : environ 0,25 $/kg. Valeur en douane (CIF) : 5,25 $/kg. Droit de 54 % : 2,84 $/kg. Coût rendu dédouané : 8,09 $/kg.
Si la marchandise part du Vietnam : FOB 5 $/kg (même prix, hypothèse simplificatrice). CIF Los Angeles : 5,25 $/kg. Droit de 20 % : 1,05 $/kg. Coût rendu dédouané : 6,30 $/kg.
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L'écart est de 1,79 $/kg, soit 28 % de plus pour la version chinoise. Sur un rouleau de 15 kg, la différence est de 26,85 $. Sur une commande de 10 000 pièces utilisant 0,5 kg de tissu chacune, elle atteint 8 950 $.
Ça ne paraît pas énorme. Sauf qu'un vêtement vendu en boutique passe par un coefficient multiplicateur. Une marque qui applique un facteur 5 sur son prix d'achat transforme 1,79 $/kg de surcoût en 8,95 $ de prix de vente. Pour un vêtement qui utilise 0,5 kg, cela fait 4,48 $ d'augmentation au rayon. Sur un polo à 45 $, c'est 10 % de plus.
Ce calcul ne tient pas compte du change. Le yuan a évolué entre-temps, les taux de fret aussi. La seule chose qui ne bouge pas, c'est la structure du coût douanier : proportionnelle à la valeur déclarée, pas au poids ni au volume.
L'effet de ricochet sur le marché européen
L'Union européenne n'est pas la cible directe des droits américains. Mais les volumes ne disparaissent pas. Ils se déplacent. Et un marché qui se déplace change les prix partout.
Trois effets concrets pour un acheteur européen en 2026 :
- Redistribution des flux. Si les États-Unis absorbent moins de vêtements made in China, une partie des volumes chinois se redirige vers l'Europe. Plus de concurrence sur les prix, mais aussi des délais qui se tendent sur des créneaux de production déjà chargés.
- Pression sur les capacités vietnamiennes. Le Vietnam, qui servait de porte de sortie pour les commandes américaines, perd de son intérêt relatif. Les usines vietnamiennes cherchent de nouveaux débouchés. L'Europe en fait partie.
- Renchérissement des intrants. Quand les chaînes logistiques se réorganisent, le coût du transport maritime se recompose. Une partie se répercute sur les acheteurs, même hors États-Unis.
Conséquence pratique pour un bureau d'achat européen : la fenêtre de négociation est ouverte, mais elle ne durera pas. Les usines qui ont perdu des volumes côté américain sont prêtes à faire des concessions pour compenser. Celles qui n'ont pas de surcapacité ne bougeront pas.
Ce qu'il faut vérifier dans vos contrats
Si vous achetez du tissu pour le marché américain, la question n'est plus « quel est le prix FOB ». La question est « quel est le coût rendu dédouané ». Et ce coût dépend de paramètres qui n'ont rien à voir avec la qualité du tissu.
- L'origine déclarée. Une marchandise tissée en Chine et expédiée depuis le Vietnam peut être reclassée. Demandez les preuves de fabrication avant la commande, pas après le dédouanement.
- Le code HTS. Un tissu classé dans le chapitre 60 (étoffes de bonneterie) n'est pas taxé comme un vêtement classé dans le chapitre 61. La qualification douanière est un sujet de spécialiste. Vérifiez-la avec votre transitaire.
- La répartition contractuelle. Qui paie le droit si le taux change entre la commande et l'expédition ? En 2025, les taux ont changé trois fois. Rien n'indique que 2026 sera plus stable.
Pour les acheteurs qui ne touchent pas le marché américain, la question est différente. Il s'agit de surveiller les prix des excédents. Une usine chinoise qui perd son client américain cherche à écouler son stock. Ces lots arrivent sur le marché européen à des prix parfois inférieurs de 10 à 15 % au prix de gros habituel. C'est une opportunité. Il faut quand même vérifier la traçabilité et les certificats : les lots de déstockage sont souvent des séries qui ne correspondent plus exactement au cahier des charges initial.
Ce qu'il faut retenir
La hausse des droits de douane américains ne se traduit pas par une baisse des prix à l'importation. Les données de 2025 le montrent : 96 % du coût reste aux États-Unis. Les usines asiatiques ajustent à la marge, pas en profondeur.
Ce qui change vraiment, c'est la répartition du risque. Avant 2025, une usine livrait du FOB et le client se débrouillait avec les formalités. Aujourd'hui, le dédouanement est un sujet de négociation à part entière. Les usines qui savent documenter l'origine de leurs produits prennent un avantage commercial. Celles qui se contentent de coudre sans tracer leurs intrants se retrouvent exposées.
Pour un acheteur européen, la leçon est double. Les prix en Europe ne sont pas protégés de ce qui se passe aux États-Unis. Et les règles d'origine, longtemps vues comme une formalité administrative, sont devenues un levier de coût direct.
Questions fréquentes
Les droits de douane américains font-ils baisser les prix des tissus importés ?
Non. Les données de 2025 montrent que les exportateurs étrangers n'ont absorbé que 4 % de la charge douanière. Les prix FOB sont restés stables. Le surcoût est supporté par les importateurs américains puis répercuté sur les consommateurs. Pour un tissu à 5 $/kg FOB partant de Chine, le coût rendu dédouané aux États-Unis atteint 8,09 $/kg.
Un tissu chinois cousu au Vietnam est-il considéré d'origine vietnamienne ?
Pas automatiquement. Les douanes américaines appliquent le critère de transformation substantielle. Si la valeur ajoutée au Vietnam est jugée insuffisante, le produit reste d'origine chinoise et subit 54 % de droits au lieu de 20 %. Le seuil exact de valeur ajoutée n'est pas publié, ce qui crée une incertitude majeure pour les importateurs.
Les acheteurs européens de tissus sont-ils concernés par les droits de douane américains ?
Indirectement, oui. Les volumes qui ne partent plus vers les États-Unis se redirigent vers l'Europe, ce qui augmente la concurrence et peut faire baisser certains prix. Mais les chaînes logistiques se réorganisent aussi, ce qui renchérit le transport. Surveillez les lots de déstockage : ils arrivent parfois 10 à 15 % sous le prix de gros habituel.
Comment calculer le coût réel d'un tissu importé aux États-Unis ?
Partez du prix FOB, ajoutez le fret et l'assurance pour obtenir la valeur CIF. Multipliez par le taux de droit applicable au pays d'origine. Le résultat est le coût rendu dédouané. Pour un tissu de polyester à 5 $/kg : 8,09 $/kg depuis la Chine, 6,30 $/kg depuis le Vietnam. Vérifiez toujours le code HTS car le taux varie selon la classification douanière.
Pourquoi KEFINE
Plateforme mondiale d'intelligence textile B2B — reconnue par les acheteurs et fabricants dans plus de 30 pays.
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