Le 2 juillet 2026, Nike a lancé l'Air Max Joga Bonito R9. Un crossover entre le crampon Mercurial R9 de Ronaldo (1998) et la silhouette iconique de l'Air Max 95. Mais pour un acheteur ou un développeur textile, ce n'est pas juste un jeu de couleurs rétro. C'est un cas concret d'ingénierie de surface : comment transférer des stries concentriques – typiques d'une tige de football en synthétique – sur les panneaux ondulés d'une chaussure de running ?
L'enjeu n'est pas seulement esthétique. Il pose des questions de rigidité locale, d'épaisseur de matière, de résistance au pliage, et de compatibilité entre plusieurs couches composites. Dans cet article, on démonte les procédés possibles – moulage thermique, découpe laser, embossage – et on donne les clés pour évaluer un fournisseur capable de produire ce type de panneaux.
Le défi : marier deux architectures de surface opposées
L'Air Max 95 originale (1995) est construite autour de panneaux ondulés superposés, inspirés des strates d'un canyon. Chaque panneau est un morceau de mesh ou de cuir synthétique, cousu ou collé au suivant. La Mercurial R9, elle, utilise une tige en cuir synthétique (KNG-100 à l'époque) avec des stries concentriques moulées pour rigidifier la zone d'appui du ballon.
Dans la Joga Bonito, ces deux langages se rencontrent. Les stries apparaissent sur les panneaux latéraux, en remplacement du motif ondulé classique. Cela signifie qu'une même pièce de textile doit à la fois :
- Conserver la souplesse nécessaire à l'enfilage et au mouvement du pied (flexion à 30°-45°).
- Intégrer des nervures en relief qui ne se déforment pas après 50 flexions.
- Permettre l'assemblage par collage ou couture avec les panneaux adjacents.
Le choix du matériau de base est donc crucial. D'après les images officielles et les analyses du forum Sneakers (WWD, 2026), la tige semble être un cuir synthétique enduit de polyuréthane (PU) – pas de Flyknit, pas de mesh tricoté. Le PU offre une bonne résistance à l'abrasion et se prête bien au thermoformage.
Procédé n°1 : le moulage thermique en creux
La méthode la plus probable pour créer les stries concentriques est le moulage thermique (embossing) sur une presse chauffante. Une matrice en métal ou en silicone est fabriquée avec le motif en négatif. Le panneau de PU est placé entre la matrice chauffée (160-200 °C) et un contre-moule pendant 15 à 45 secondes sous pression (5-15 bar).
Avantages :
- Reproductibilité parfaite sur des milliers de paires.
- Possibilité de créer des reliefs très marqués (0,5-1,5 mm de hauteur).
- Le chauffage peut aussi activer la colle thermofusible du backing pour un assemblage sans couture.
Inconvénients :
- Coût d'outillage : un moule métallique pour un motif de 10x15 cm coûte entre 8 000 et 15 000 €.
- Si le motif couvre plusieurs panneaux, il faut un moule par position.
- Le PU peut rétrécir de 2 à 5 % après moulage, ce qui oblige à recalculer les dimensions du panneau.
Ce procédé est courant chez les sous-traitants de tiges de football (ex : Taiwan, Vietnam). Pour un acheteur textile, le critère clé est la tenue du relief après flexions répétées. Un test maison : plier le panneau 1 000 fois à 60° et mesurer la perte de hauteur des stries au profilomètre.
Procédé n°2 : la découpe laser pour un motif ajouré
Une alternative serait d'utiliser une découpe laser pour créer des rainures dans le matériau, plutôt que des bosses. Dans ce cas, les stries seraient des lignes fines (0,3-0,5 mm de large) où la couche supérieure est retirée, laissant apparaître la couche inférieure d'une couleur contrastante.
Cette technique a l'avantage de ne pas ajouter d'épaisseur, donc de préserver la souplesse de la tige. Mais elle fragilise le matériau : chaque rainure est une amorce de déchirure. Sur une chaussure soumise à des contraintes de torsion, le risque de rupture sous laçage est réel.
Dans le cas de la Joga Bonito, on voit clairement que les stries sont en relief (pas en creux) sur les images latérales. Donc le moulage thermique est plus probable. Mais la découpe laser pourrait être utilisée pour les détails du talon ou du renfort de laçage.

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Procédé n°3 : le laminage multi-couches
Une troisième piste : les stries pourraient être rapportées sous forme d'inserts en TPU ou en silicone laminés entre deux couches de mesh. La couche extérieure (fine, 0,2 mm) est un matériau transparent ou teinté qui laisse voir l'insert strié. Cela permet d'obtenir des effets de profondeur impossibles avec le simple moulage.
Cette technique est utilisée par Nike sur les modèles Air Max 97 « Silver Bullet » avec le tube en TPU. Ici, le coût est plus élevé (multiplication des étapes de coupe et de laminage) mais la résistance au délaminage est meilleure que le simple collage d'un film.
Pour un développeur, le test d'adhérence par traction (ASTM D903 sur les films laminés) est indispensable. Un délaminage à 90 ° après 30 cycles de marche signerait la fin de la chaussure.
Qu'en retenir pour vos achats de tissus techniques ?
Cette collaboration n'est pas un simple marketing : c'est un cas d'école sur l'intégration de reliefs fonctionnels dans une tige de chaussure. Les fournisseurs de panneaux moulés thermiques sont majoritairement en Asie (Vietnam, Indonésie, Chine). La capacité à réaliser des motifs complexes avec des tolérances ≤ 0,2 mm est un critère de sélection plus important que le prix de la matière.
Le coût d'un panneau moulé (taille ~15x8 cm) en petite série (1 000-5 000 paires) tourne autour de 2,5-4,5 $ pièce, contre 0,8-1,2 $ pour un panneau plat équivalent. La différence est absorbée par le prix de vente de la chaussure (170-180 $), mais pour une application de volume (running basique), ce surcoût est rédhibitoire.
Si vous cherchez un sous-traitant capable de ce type de travail, regardez les certifications de qualité de moulage (ISO 9001 sur les processus de thermoformage) et demandez un échantillon de flexions (10 000 cycles, angle 60°). Un bon fournisseur vous donnera des courbes de dégradation du relief, pas seulement un joli prototype.
FAQ
Questions fréquentes sur le tissu de l'Air Max Joga Bonito R9
Le cuir utilisé est-il véritable ou synthétique ?
Il s'agit très probablement d'un cuir synthétique enduit de polyuréthane (PU), comme sur les Mercurial R9 originales. Aucune communication officielle ne mentionne de cuir animal. Le synthétique offre une meilleure résistance à l'abrasion et une uniformité de surface pour le moulage.
Pourquoi Nike n'a-t-il pas utilisé de Flyknit pour cette collaboration ?
Le Flyknit ne permet pas de créer des reliefs aussi marqués sans ajouter une couche de TPU ou de silicone. De plus, la Mercurial R9 originale était en synthétique, donc pour rester fidèle à l'héritage, le synthétique était plus indiqué.
Quels tests de qualité recommandez-vous pour ce type de panneau ?
Test de flexion répétée (ISO 176), test d'abrasion (Martin Dale), test d'adhérence de la couche moulée (pour éviter le délaminage), et contrôle dimensionnel au profilomètre après thermoformage.
Pour approfondir : notre guide sur la comparaison des pays fournisseurs pour les tissus techniques vous aidera à choisir vos partenaires asiatiques.
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